Le très haut débit, la gouvernance, les examens et les programmes d’abord

Barbelé

C’est au moins la quatrième fois que je recommence ce billet… Comment vous présenter les choses ? Dans quel ordre les prendre ? Où sont les priorités, s’il est possible d’en fixer ?

Ceux qui, en effet, de plus en plus nombreux, s’attellent à faire avancer le chantier de l’école numérique, dans et hors l’institution, se heurtent d’emblée à un certain nombre d’obstacles structurels ou humains. Normal, me direz-vous ! On n’aspire pas à l’excellence sans efforts… Mais la désespérance vient généralement quand on s’aperçoit qu’il ne suffit pas d’en franchir un mais qu’il semble nécessaire de les franchir tous à la fois… ou les uns après les autres. Je n’ai évidemment pas la solution à cet embrouillamini compliqué. En revanche, on peut essayer de dresser la liste de ces verrous, histoire d’y voir plus clair… Mais attention !, pour avancer, il est très important de n’en négliger aucun et, peut-être, de les prendre en considération tous à la fois !

Avertissement préalable : ce qui se trouve ci-dessous n’est pas ordonné. On réfléchira aux priorités ensuite…


Il existe, chacun peut s’en rendre compte aisément, des obstacles non négligeables liés à la désorganisation voire l’absence de gouvernance des projets numériques des écoles et établissements. Qui décide de la mise en œuvre du projet, compte tenu qu’il n’est pas question de faire sans l’avis des enseignants qui vont faire, de l’avis de la collectivité territoriale qui finance et de l’avis de l’institution qui préconise, oriente les projets et forme les personnels ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ? Ce sont là des problèmes importants qui s’avèrent vite bloquants.


De la même manière, il convient de ne pas négliger les verrous liés à l’absence ou à la faiblesse de la connectivité à Internet ainsi que des infrastructures locales à l’école ou l’établissement (réseau, Wi-Fi, connexion, serveur local) ou externes (nuage, ENT) ; ces difficultés structurelles sont aggravées — voir ci-dessus — par une gouvernance souvent mal définie et peu opérationnelle. De ce point de vue, la situation en France n’est pas catastrophique, elle est pire que ça, concernant le très haut débit, et ce ne sont pas les mesurettes annoncées à grands coups de communication politique qui vont faire pencher la balance. Quand on pense que certains, en haut lieu, réfléchissent à une pédagogie en mode non connecté ! Ce ne serait rien de moins qu’une erreur historique grave.


Il faut aussi avoir conscience de l’inculture numérique générale des personnels, professeurs d’abord mais aussi encadrement administratif et pédagogique, élus et personnels des collectivités territoriales, inculture liée le plus souvent à une absence ou à la faiblesse de la formation mais surtout généralement — cela est patent chez les cadres pédagogiques, tous degrés confondus — à un désengagement quasi total. C’est évidemment un problème fondamental qui ne peut trouver sa solution que progressivement, dans et hors l’école, avec l’aide des jeunes — les expériences où on sollicite les adolescents pour apporter aux adultes des éléments de culture numérique s’avèrent toujours riches ou étonnantes.


Un autre obstacle important est en rapport avec l’inadéquation presque atavique de l’enseignement, de ses programmes, référentiels, modalités, formes et contenus, aux pratiques et à la culture numériques ; tout en est bouleversé, l’accès aux connaissances, leur transmission et leur restitution — d’où l’obligation de revoir de fond en comble l’évaluation et les examens —, les postures mêmes des maîtres, les formes de travail et de projet collectif, les objectifs mêmes des apprentissages, la mission même de l’école in fine.

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D’autres verrous sont liés à l’absence, la faiblesse ou l’obsolescence des outillages matériels et logiciels, des ressources numériques qui sont encore si mal fichues, non interopérables et non granulaires. Là encore — ces difficultés sont intimement liées au projet des professeurs —, la force et l’efficacité de la gouvernance sont des conditions de la bonne résolution du problème.


D’autres problèmes non négligeables et souvent oubliés sont liés aux infrastructures organisationnelles, temporelles et spatiales, classes rectangulaires des écoles et établissements et leur contenu, tables, tableau, estrade, inadaptés à un enseignement adéquat à son temps. Les groupes, classes, horaires, disciplines sont bouleversés avec un enseignement qui s’imprègne et s’empare peu à peu du numérique.


Avec l’arrivée des infrastructures locales, de certains dispositifs distants, de quantités importantes de matériels et de ressources qu’il faut en permanence connecter entre elles et à l’Internet, rendre disponibles et opérationnelles, se pose inéluctablement, comme elle s’est posée déjà dans l’entreprise, la question centrale de la maintenance, de l’administration et de l’accompagnement, — je préfère définitivement ce mot à celui d’« assistance » qui produit des assistés — qui ne peut évacuer la question sensible du filtrage imbécile et de la censure des contenus et qui ne se résoudra pas sans moyens humains de grande qualité et disponibilité professionnelles. Il va de soi que ce verrou est aussi fortement lié à celui de la gouvernance.


D’autres blocages sont en rapport direct avec les services et missions des professeurs, personnels d’éducation, cadres de l’administration, corps d’inspection qui ne se peuvent eu aucun cas s’accorder avec les mutations à venir. Il est nécessaire d’en prendre conscience dès maintenant pour faire avancer la réflexion sur ce sujet, réflexion qui ne peut s’affranchir de l’avis des personnels eux-mêmes et de leurs représentants syndicaux.


Dernier point à ne pas négliger : avec le numérique, on voit surgir de toutes part et pas forcément de manière très transparente, l‘influence directe et intrusive de nombreux lobbys, économiques, politiques, philosophiques, idéologiques, pédagogiques même. L’école ne pourra pas affronter les défis de demain si elle est la proie de ces forces et tensions prosélytes, parfois obscurantistes, et de ces influences fort éloignées du service public pour le bien commun et collectif. Quoi d’autre à faire que d’exercer sa raison ?


Une fois fait ce tour de table guère réjouissant, la question se pose alors de savoir si l’un ou plusieurs d’entre eux semblent être des préalables aux autres. Convient-il, pour être efficace, d’en choisir deux ou trois de manière prioritaire ? Pour ma part, je crois que oui. Vous trouverez ci-dessous une sorte de classification qui propose ces priorités, la mise en œuvre sans tarder de ces dernières semblant offrir plus de chances de succès à l’entreprise globale.

  1. Les chantiers prioritaires pour le numérique éducatif : le très haut débit, la gouvernance, les programmes, référentiels et examens
  2. Les chantiers de second niveau qu’il va falloir lancer sans tarder : un nouveau design pour les lieux et espaces, la formation et l’engagement de tous les personnels
  3. Les autres chantiers indispensables : les ressources et l’arrêt du filtrage des contenus, le matériel, les services et missions.

La question de l’accès au très haut débit est cruciale pour l’école, comme elle l’est pour l’économie et les entreprises. On ne résoudra rien de sérieux sans ce préalable indispensable. Or, de ce côté-là, je ne vois rien venir de sérieux. Et si l’État secouait les puces de son opérateur historique ? Et si ce dernier s’avérait inopérant, pourquoi ne pas aider davantage les petits opérateurs locaux indépendants ?

De même, la question du changement radical de l’évaluation terminale en fin de collège ou de lycée est aussi un chantier qui doit être mené de front à l’évolution nécessaire du socle de connaissances, de compétences et de culture d’une part, des programmes disciplinaires d’autre part. Il y a de quoi aussi s’inquiéter à ce dernier sujet car, à l’occasion d’un débat sur une grande radio nationale à propos de ces programmes, justement, et de leur évolution, la question du numérique et de ce que deviennent en son temps connaissances et savoirs, n’a pas été posée, même pas par le nouveau président du Conseil supérieur des programmes !

Là, je mettrais bien une trombine triste

Enfin, la gouvernance du chantier numérique éducatif doit être enfin définie, de manière définitive et opérationnelle. Encore une fois, qui pilote, qui décide, qui paie, qui embauche, qui met en œuvre, qui négocie… ? Certains voudraient bien que les clés du camion soient définitivement données aux collectivités locales. Le débat est ouvert mais je ne suis pas certain que c’est la solution. D’autres pays européens, d’une taille parfois proche du nôtre, ont fait des choix presque plus jacobins qui s’avèrent parfois fort efficaces. En tout cas, je le répète, le débat est ouvert et doit maintenant, sans trop tarder, aboutir à des conclusions. Il y a urgence.

Et, puisque c’est l’atavisme même du numérique qui nous y engage, pourquoi ne pas partager cette gouvernance ? Vraiment.

Michel Guillou @michelguillou

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Crédit photo : Rémi. P. et Damien [Phototrend.fr] via photopin cc

 

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3 commentaires sur “Le très haut débit, la gouvernance, les examens et les programmes d’abord
  1. TABLI dit :

    Bonjour,
    Je souhaite vous inviter à intervenir à la 13eme édition des journées de l’OPPE (observatoire des pratiques pédagogiques en entrepreneuriat) le 10/12 prochain à Paris. Je ne trouve pas vos coordonnées sur le net ?
    Pouvez-vous me contacter ? Le thème cette année “L’enseignement à l’entrepreneuriat et mutations numériques : opportunités et limites”.

    Bien cdt
    Neïla Tabli
    Responsable de l’OPPE

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