Numérique : des impressions post-cenonnaises aux navigations à venir

La Garonne

La chance. Il m’a été permis d’assister — merci aux gentils organisateurs —, les 11 et 12 décembre derniers, à un événement de belle facture. De très belle facture, même. Contrairement à d’autres manifestations sur le même sujet qui semblent s’essouffler, le colloque de l’An@e, intitulé « Boussoles du numérique », qui traitait en cette première année des orientations, peut s’enorgueillir de la qualité des plateaux, tables rondes et ateliers qui ont été proposés et des échanges ou paroles qu’on y a tenus.

C’était à Bordeaux-Cenon, ça a duré deux journées. Deux belles journées. Deux journées de promesses pour demain.

Les couloirs et les traverses

C’est de plus en plus souvent comme ça. Et c’est tant mieux. Le numérique propose ainsi à ceux qui s’y baignent des moments, des lieux et des espaces confortables  pour y mener des débats et des échanges. On saute aisément du virtuel, sur Twitter, aux échanges IRL avec un verre de haut-médoc à la main.

C’est ainsi que vont les choses avec le numérique. Ce qui a de la valeur est plus humblement posé au sol ou même souterrain que porté sur un piédestal ou une estrade. Ce qui enrichit vient plus souvent d’à côté ou en face de soi que de plus haut.

J’ai donc pris beaucoup de plaisir à échanger, au-delà des temps collectifs, de manière informelle, particulière et plus intime avec tous ceux qui ont participé à ces journées, des professeurs des écoles comme des inspecteurs généraux, des universitaires comme des élus, des professeurs de collège ou de lycée comme des responsables Tice, des IPR comme des responsables des collectivités territoriales ou des journalistes.

Une évidence : les experts s’effacent et s’estompent. Pas question de faire tomber les têtes, bien sûr, mais certains égos n’ont d’autre choix que de mettre un bémol à leurs supposées prétentions. La plupart d‘entre ceux qui se reconnaissent dans ces aréopages ont compris — c’est aussi une leçon de ce colloque — qu’il est maintenant temps d’entendre, de soutenir et valoriser les initiatives, les engagements, les approches vraiment nouvelles du numérique éducatif, venant de toutes parts.

Et c’est ce qu’ils ont fait. Et c’est ce qui s’est passé.

Les perspectives et l’innovation

J’arrive un peu après la bataille. Mes camarades et complices Jean-François Ceci, Malika Alouani, Jean-Paul Moiraud, Gilles Le Page ont déjà tout dit sur Educavox. D’autres, fort nombreux, je pense en particulier à François Jourdain, Dominique Provot, Isabelle Martin, Anne Lehmans, Élise Chomienne, Michelle Laurissergues elle-même, d’autres encore que je connais et qui commentaient à distance, faute d’avoir pu se libérer, d’autres encore plus nombreux sur place que je ne connais pas ont fait vivre le fil Twitter derrière le mot-balise #boussoles13. Des moments d’émotions diverses, de l’enthousiasme, de la passion, du désir mais aussi de la déception, de la rancœur rarement… Surtout des idées, beaucoup d’idées, des idées farfelues parfois mais aussi beaucoup d’autres, réalistes et vraiment innovantes.

L’innovation était sur les comptoirs, nous disaient les organisateurs. Elle était aussi dans la salle, voir ci-dessus. Les élèves en furent les prosélytes privilégiés, magnifiquement encadrés par Isabelle Martin et ses collègues. Ils nous ont décrit leur école numérique, celle qu’ils souhaitent, qu’ils appellent de leurs vœux. Chacun a pu ainsi prendre conscience de la différence de ton, d’enthousiasme, de couleur et surtout de substance et de culture entre ce que ces élèves, de collège comme de lycée, ont proposé et l’approche affichée par les adultes qui semble, malgré qu’ils s’en défendent, encore bien frileuse.

Sur les tables rondes, on a évoqué les modifications fondamentales de l’école numérique : les temps, les espaces, les postures, les programmes donc les connaissances et compétences attendues sont au cœur des réflexions. Malgré tout, il y a encore trop souvent derrière ces paroles et ces mots forts beaucoup de conventions, beaucoup d’effets de manches, derrière ces représentations beaucoup de fragilité, trop peu d’engagement réel provenant de l’institution comme des collectivités.

La peur du numérique et de l’Internet est encore bien présente pour tous, à commencer — et c’est le plus inquiétant paradoxe qui soit — chez tous ceux qui veulent la combattre. Le numérique n’est perçu que comme un « outil au service de la pédagogie » par les responsables académiques quand tous ceux qui réfléchissent à ce sujet depuis des années, à commencer par le président du Conseil supérieur des programmes soi-même dont les paroles ont été rapportées sur l’événement, ont démontré au contraire que la pédagogie sera profondément bouleversée par la dimension paradigmatique du numérique.

On s’est encore, à mon avis, trop attardé à regarder en arrière, ou à proposer des pauses (l’expérimentation, l’évaluation, les usages) qui mettent, à chaque fois, un coup d’arrêt à l’engagement numérique de l’école.

J’aimerais, pour faire bonne mesure, pondérer un peu les propos ci-dessus qui peuvent paraître négatifs. Je suis comme les journalistes et parle plus volontiers des trains en retard que de ceux qui arrivent à l’heure. On était bien à l’heure, à Cénon, de ce point de vue. J’y ai entendu des mots, j’y ai vu des démarches, j’ai été le témoin de résolutions enthousiastes ou d’enthousiasmes résolus, allez savoir, qui ne laissent aucun doute, malgré les freins encore trop visibles, sur la volonté de l’école d’avancer sur ce sujet.

Les enjeux

« En cela, la pédagogie de la « guidance » qui oriente patiemment l’intelligence des apprenants dans la forêt des savoirs numériques n’a rien à céder aux rigueurs doloristes des tenants de la transmission des contenus. Apprendre à apprendre n’est pas une tâche triviale et fonctionnelle qui dévaluerait la noble posture du professeur omniscient. Elle ne se contente pas de laisser libre cours aux apprenants en les laissant se débrouiller tout seuls, sans règle ni méthode, dans le flux chaotique des informations numériques et les si nombreux attraits de la dispersion. »

C’est de Dominique Cardon, non présent à Cénon, qui se préoccupe enfin d’apprentissages numériques et d’éducation, dans un dossier tout récent « Apprendre/désapprendre. Sur la ligne de crête des apprentissages numériques » dont je vous recommande la lecture. Même s’il se trompe, à mon avis, en faisant en conclusion la promotion excessive d’un code rédempteur dont il dit, après d’autres, de manière très convenue et, à mon avis, inexacte, que c’est le nouvel alphabet, il dit l’essentiel ou à peu près à propos d’apprentissages avec le numérique. C’est de cela qu’il sera question, j’espère, l’an prochain, à Cénon. Tout est dit : qui veut enseigner le numérique, par le numérique, avec le numérique n’a plus à s’expliquer ni à convaincre. Sa démarche est légitime, basta.

Dans un autre billet tout récent « Les compétences du 21e siècle » qui mérite, du point de vue des enjeux, toute notre attention. Mario Asselin, blogueur québécois notoire, reconverti dans la politique pour mettre en œuvre l’école numérique, évoque les métiers de demain,  ceux qui émergeront de la société numérique :

« Les travaux des chercheurs néerlandais et américains illustrent, avec éloquence, les exigences d’une société qui valorise la communication et l’échange d’informations via les nouvelles technologies, mais aussi et en même temps, une posture proactive, critique et créative dans la vie professionnelle. Nous sommes désormais bien loin de la société industrielle et c’est une réalité que nous ne saisissons malheureusement pas encore pleinement. »

Communication, échanges, information, proactivité, critique, créativité, voilà les maîtres mots de nos navigations numériques — certains parleraient d’errances voire d’explorations — à venir.

Les navigations

Vivement l’an prochain, histoire de ne pas naviguer à vue…

Michel Guillou @michelguillou

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