Baccalauréat : la faute morale de l’institution

Salle d'examen

C’est le marronnier de saison qui m’oblige à un commentaire. C’est en effet à quelques jours du début des épreuves du baccalauréat que le Ministère se rappelle les cas de triche de l’année précédente et annonce :

L’utilisation des téléphones portables et, plus largement, de tout appareil non autorisé permettant des échanges ou la consultation d’informations, est interdite et est susceptible de poursuites par l’autorité académique pour tentative de fraude. Tous ces appareils doivent être impérativement éteints. Ils sont soit rangés dans le sac du candidat, soit remis aux surveillants de salle. Les surveillants doivent regrouper à l’endroit indiqué les sacs, porte-documents, cartables ainsi que tout matériel et document non autorisé, afin que les candidats ne puissent pas y avoir accès pendant la durée de l’épreuve.

Je passe sur les annonces farfelues, prises dans la précipitation (voir ce commentaire du principal syndicat de chefs d’établissement), de la mise à disposition, dans les centres d’examen, de détecteurs de téléphones portables — on parle de 300 centres équipés sur près de 4 800 centres, nous dit Le Figaro).

C’est complètement farfelu parce que ça ne tient techniquement pas la route. Ces détecteurs sont certes capables, dans un rayon limité — 10 à 20 m, dimensions plutôt réduites —, de repérer une activité de communication téléphonique mais en aucun cas des communications ou échanges de données via Wi-Fi ou Bluetooth, de même que la simple consultation de données locales. Cette méconnaissance technique de ce à quoi sert un ordiphone, avant tout un terminal capable de stocker des données et éventuellement connecté à l’Internet plus qu’un outil de téléphonie, montre à quel point on est aussi ignorant, en haut lieu, de ce que sont les pratiques numériques des jeunes.

C’est aussi et surtout complètement farfelu parce que, une fois de plus — voilà des années pourtant que les erreurs de ce type se répètent (voir la gestion catastrophique du filtrage) —, on essaie de résoudre un problème avant tout éducatif par des moyens techniques.

C’est définitivement farfelu et ça se voit. Il suffit de lire à ce sujet les commentaires des lycéens candidats sur les réseaux sociaux pour s’en convaincre.

Bon, j’avais dit que je ne voulais pas m’attarder là-dessus.

C’est le système même du type d’épreuves proposé au baccalauréat, comme d’ailleurs dans la très grande partie des évaluations ordinaires, des moments longs de restitution individuelle de connaissances, sur des journées prévues à cet effet, qui est un substrat favorable à l’utilisation de méthodes malhonnêtes et à « la triche ».

Et si on se préoccupait enfin de changer ce baccalauréat qui a bien vieilli ? Déjà, les pays scandinaves se sont penchés, eux, sur la mise en place d’épreuves différentes aux examens où les candidats peuvent accéder à des bases documentaires en ligne, non pour y copier-coller ce qu’on y trouve, mais pour utiliser ces savoirs disponibles à la résolution raisonnée de problèmes. C’est aussi ce qui se fait maintenant chez nous, de manière heureusement plus fréquente, dans bien des examens universitaires ou dans certaines épreuves de recrutement des professeurs, Capes ou agrégations. Peut-être serait-il possible enfin d’évaluer les compétences des candidats à la publication et au travail collectif collaboratif ?

Pourquoi ne pas y réfléchir, dès maintenant, pour ce qui concerne le bac 2013 ?

Le Dgesco a tenu à rappeler, à l’occasion d’une conférence de presse pour lancer le baccalauréat 2012, que la triche était une « faute morale ». Certes. Mais c’est, à mon avis, une bien plus grosse faute morale que de ne pas tenir compte, d’années en années, des évolutions de la société numérique, des modes nouveaux de transmission des connaissances et des savoirs, des pratiques numériques médiatiques des jeunes, tels qu’ils sont, tels que nous les avons faits.

Une faute morale contre la société et sa jeunesse.

Michel Guillou @michelguillou

Licence Creative Commons

Crédit photo : bara-koukoug via photo pin cc

Pour citer cet article : Michel Guillou, « Baccalauréat : la faute morale de l’institution » in Culture numérique, 15 juin 2012, https://www.culture-numerique.fr/?p=529, consulté le 26 juin 2019
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