Mes carnets de voyage…

Central

Ces derniers quelques jours — trop peu nombreux — de vagabondage sur l’autre rive de l’océan me donnent l’occasion de réflexions sur l’actualité, la mienne, à New York, et la grande à travers mes lectures numériques.

Apple est présent partout à New York, comme ici à Grand Central Station où un balcon est réservé pour un « show-room » où se pressent autant de visiteurs que de personnels d’accueil, si nombreux ! Et c’est vrai aussi que l’impression est curieuse de voir, dans les « delis », tant de MacBook connectés à l’Internet ouvert via Wi-Fi dans ces lieux de restauration rapide. Sur le marché des « notebooks » utilisés par les jeunes — des étudiants ? —, la pomme est très largement majoritaire et l’effet est surprenant.

Dans les rues, l’ordiphone est roi ! On a coutume de se moquer gentiment de ceux qui, en France, parcourent les rues le nez penché sur leur « smartphone », en communication ou pas, à la merci du premier réverbère venu… L’impression, à New York, est décuplée. Je ne crois pas me tromper en disant qu’une personne sur deux qui arpente les rues et avenues new-yorkaises, sur Broadway comme sur Wall Street, tient dans ses mains un « smartphone ». Et je ne crois pas me tromper non plus en disant qu’une personne sur deux parmi ces dernières l’utilise pour de bon, soit pour téléphoner à voix haute, soit pour je ne sais quelle recherche ou communication synchrone écrite. Les collisions semblent pourtant devoir être miraculeusement évitées le plus souvent et, de ce point de vue, les New-Yorkais semblent avoir développé d’indéniables nouvelles compétences en navigation urbaine. À première vue, l’iPhone semble majoritaire… À y regarder de plus près, c’est loin d’être évident, tant les succédanés sont nombreux.

Dans le métro new-yorkais, le Subway, presque tout le monde lit ! Oh, si peu de livres ou de presse gratuite, par exemple, bien plus pauvre en nombre comme en qualité ici qu’à Londres ou même à Paris ! En revanche, tout le monde a le nez penché sur sa tablette ou sa liseuse ou, de nouveau, son « smartphone ». Côté tablettes, elles sont très largement utilisées dans le métro, des iPad bien évidemment mais aussi nombre de leurs clones sous Android. Là encore, à première vue, l’impression est qu’Apple est majoritaire sur ce marché alors que la réalité est beaucoup plus contrastée si l’on veut bien se pencher sur l’épaule de son voisin et vérifier la marque de ladite tablette. L’habitant du cru utilise sa tablette pour tout faire, travailler et prendre des notes, jouer, accéder à l’Internet et au web, bien sûr, donc à la presse et l’actualité en ligne mais aussi pour lire des romans… Mais la vraie surprise est de faire le constat d’une forte utilisation « underground » des liseuses numériques beaucoup plus nombreuses pour ce dernier usage. Le Kindle d’Amazon semble tenir la dragée haute mais, là encore, les modèles lui ressemblant sont plus nombreux qu’on ne le pense.

À première vue, l’autochtone de là-bas est donc délibérément connecté où qu’il soit et utilise « notebook », « smartphone », tablette ou liseuse selon ses besoins du moment et l’endroit où il se trouve. L’impression est curieuse et presque parfois choquante. Il n’est pas rare de voir des groupes de jeunes gens discuter de tout et de rien en finissant tout à la fois goulûment leur salade à la sauce César et en tapotant sur leurs iPhone !

J’aimerais vous faire part de deux dernières observations qu’il m’a été donné de faire au MoMA, ce magnifique musée d’art moderne au cœur de la ville.

J’ai eu l’occasion d’assister à une séquence pédagogique au pied d’un tableau de Chagall devant lequel une jeune institutrice new-yorkaise avait fait s’asseoir une douzaine de très jeunes élèves, sans doute âgés de 6 à 7 ans. Elle faisait avec ces derniers une lecture très enthousiaste et interactive de l’œuvre tout en sortant de son sac à l’occasion un iPad qui lui servait à montrer et commenter des détails. La tablette numérique passait aisément de mains en mains… La maîtresse l’utilisait aussi pour faire entendre avec un tout petit haut-parleur des illustrations sonores pour une mise en contexte. Bref, une intégration raisonnée d’un numérique compris parce qu’intégré dans la pédagogie de manière naturelle et non ostentatoire. J’aurais aimé prendre une photo si la lumière avait été suffisante.

À ce propos, et contrairement à la règle dans les musées en France, il est autorisé au MoMA de photographier sans flash les œuvres des expositions permanentes. Bon, du coup, tout le monde photographie un peu tout et n’importe quoi mais l’usage, s’il se généralise, devrait se réguler de soi-même de telle manière que chacun puisse conserver par devers lui une image, même appauvrie, de l’œuvre qu’il a tant aimée et devant laquelle il s’est attardé. Une initiative à encourager et à promouvoir, tant il paraît que c’est un combat d’arrière-garde et perdu d’avance que d’interdire ce genre de pratiques.

Il faudra en reparler…

J’ai lu aussi de là-bas les propositions du candidat président sur l’éducation et sa volonté de demander aux professeurs de venir travailler sur place plus longtemps en contrepartie d’une hausse de salaire. Je simplifie…

J’ai lu aussi les levées de bouclier, à gauche cela va de soi, mais aussi émanant des syndicats qui rappellent, à juste titre, qu’un service d’enseignant ne se définit pas seulement en heures de cours en classe, contrairement à ce que d’aucuns veulent prétendre.

J’ai lu enfin les protestations d’un certain nombre de blogueurs ou de mes « amis » sur Facebook qui prétendent que c’est bien peu connaître le métier d’enseignant que de vouloir faire ce type de propositions.

Mais personne n’a osé dire à ce candidat président que c’est tout simplement impossible. Les collèges et les lycées sont conçus selon un procédé architectural qui découpe l’espace en salles de classes ou de cours. Il est donc très difficile de concevoir d’y mener d’autres activités (administration, préparation des cours, concertation, collaboration, tutorat, accompagnement individualisé) sans une réorganisation complète des espaces, des temps et des structures pédagogiques.

Je vous ai déjà proposé il y a peu de pousser les murs de la classe. En effet, à terme, la banalisation et l’intégration du numérique contraindront sans doute les professeurs à mettre en place d’autres types d’enseignement en même temps que les architectes à concevoir d’autres types d’espaces. Quand on y sera, et ce n’est pas pour tout de suite, il sera toujours temps de se demander s’il convient de demander aux professeurs d’être plus souvent là et d’envisager de les rémunérer davantage, ce à quoi je suis bien sûr favorable.

Il s’agira ensuite de trouver une solution au paradoxe qui voudra qu’on demandera aux professeurs d’être plus présents auprès d’élèves à qui on aura appris, par l’apprentissage en ligne et le travail distant, à travailler différemment et à ne pas compter toujours sur la présence magistrale.

Michel Guillou @michelguillou

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