Refondons l’école, qu’ils disaient…

Carrière

Vous qui suivez de près l’actualité de l’école, vous ne le savez que trop, notre nouvel et intrépide ministre de l’éducation nationale a engagé, dans la moiteur de l’été, la concertation pour la refondation de l’école républicaine. À cet effet, un site a été créé « Refondons l’école de la République ».

Y sont proposés quatre grands axes de travail détaillés sur cette page. Pour vous et moi, qui croyons que l’émergence du numérique constitue un enjeu fondamental pour la société et l’école, une chance aussi, une révolution de la même ampleur que celles qui ont traversé le millénaire précédent, qui change au fond les modes de transmission des savoirs et les missions mêmes de ceux qui en sont chargés, on pourra — on devra — déjà s’étonner, dans les vingt et un items qui explicitent ce qui est assigné aux quatre grands groupes de réflexion, de l’absence totale d’une référence quelconque au numérique ou aux évolutions nécessaires du système éducatif en référence à ce dernier.

Or donc, exit le numérique !

J’ai pourtant eu l’idée d’utiliser le moteur de recherche interne à ce site, lequel, à ma double grande surprise, a fonctionné, d’une part, et m’a restitué, sur cette page, d’autre part, l’ensemble des documents relatifs à ce chantier. On y trouve, pêle-mêle, les deux rapports Fourgous, différents rapports externes et l’excellent avis n° 10 formulé à ce sujet en mars dernier par le Conseil national du numérique.

Mais le plus intéressant n’est pas là. On peut aussi trouver dans cette liste un document de trois pages, à ma connaissance inédit, non signé, appelé « Une grande ambition pour le numérique à l’école ».

C’est de ce dernier que je souhaiterais vous entretenir.

L’École est au cœur d’une société qui change vite sous l’impulsion de la technologie 

Le titre des ces prolégomènes est déjà fort discutable. En effet, quel est ce nouveau dogme d’une technologie triomphante qui, de son propre fait, serait capable de transformer ainsi la société ? Cette croyance est curieusement bien ancrée dans l’école qui continue à appeler Tice ou Tuic, y compris dans le socle commun dont, fort heureusement, la compétence 4 valorise la maîtrise de ces technologies, ce qui ne devrait être que les usages du numérique. Mais passons et avançons…

Internet, téléphones portables, tablettes tactiles, médias sociaux, on mesure chaque jour l’impact de ces technologies numériques dans notre quotidien. Un élève qui passe cette année son baccalauréat aura, durant sa scolarité, vu naître Wikipédia en 2001, Facebook en 2004, YouTube en 2005, Twitter en 2006…

Fort bien ! Que voilà un discours auquel on n’est pas trop habitué dans les aréopages ou sur les sites institutionnels !

Mais le rédacteur de ces lignes — merci à lui ! — sait-il que les téléphones portables sont des objets interdits par la loi ou les règlements intérieurs dans les écoles, collèges et lycées, que les médias sociaux sont très largement censurés, que Facebook est interdit et filtré à peu près partout, comme YouTube, que Twitter était classé il y a peu dans les sites de « dating » et, à ce titre, censuré, que les collègues qui veulent s’en servir en classe doivent batailler ferme pour convaincre une administration frileuse et réticente, que Wikipedia est encore stigmatisé parce que trop peu sérieux par de nombreux professeurs ou documentalistes, que l’Internet proposé aux élèves est massivement et très grossièrement censuré ?

Le reste est du même tonneau montrant avec enthousiasme et talent les possibilités d’usages raisonnés et raisonnables du numérique, possibilités bien souvent fort éloignées des réalités des classes.

Je cite ces bonnes et belles phrases :

L’internet est un outil exceptionnel de production, de diffusion et de partage du savoir.

Il [l’Internet] permet notamment d’adapter  le travail aux rythmes et aux besoins de l’enfant, de développer la collaboration entre les élèves, d’encourager un apprentissage actif et de favoriser l’autonomie.

Le numérique est alors au service de l’École, c’est-à-dire au service de la lutte contre l’échec scolaire, au service des apprentissages fondamentaux, au service des élèves et des enseignants. Comment mobiliser l’internet pour ces fins ? 

Les larmes me viennent, c’est trop d’émotion. Sans doute l’auteur en prend-il conscience car il pondère, à juste titre et avec les mots qui conviennent, dans le chapitre suivant, ces potentialités d’usages à l’aune de la réalité de l’équipement et de la connectivité à l’Internet :

De nombreuses écoles demeurent faiblement équipées et le débit des connexions est trop souvent insuffisant pour le déploiement de services numériques pour les élèves.

Et d’enchaîner, après la valorisation des usages et les aspects matériels, sur la formation absolument nécessaire aux enseignants :

Seuls des enseignants bien formés pourront faire comprendre aux jeunes de quelle manière ces nouveaux services conditionnent leur comportement et leur vision du monde ; porter à leur connaissance les règles qui en régissent l’usage ; leur faire prendre conscience des limites de leur liberté et des contraintes inhérentes à ces supports.  

L’auteur de ce document — dans mes bras ! — termine ce chapitre sur la formation par ces superbes lignes, trop rarement lues çà ou là :

Cette éducation aux médias — outils d’émancipation, de création et d’échanges — est devenue essentielle. 

La fin est plus classique. L’auteur aborde le problème des ressources, essayant de promouvoir l’utilisation de ressources libres de droit, d’une part, mais rappelant l’importance d’une édition scolaire seule capable de proposer des ressources pédagogiques de grande qualité, d’autre part. Il y a là comme une évidente contradiction, l’édition scolaire numérique s’acharnant de fait à ne pas proposer, alors qu’elle est pourtant soutenue à bouts de bras par l’État, autre chose que des ressources bardées de droits et de dispositifs interdisant leur partage ou même leur déplacement, non interopérables donc et surtout, ce qui est plus grave car fréquent, non granulaires.

Par ailleurs, rien n’interdit d’associer, ce qui ne saute pas aux yeux à la lecture de ces lignes, la liberté des droits et donc de l’usage à la grande qualité pédagogique.

Il n’empêche, pour en finir avec ce document, il est de très bonne tenue, avançant des idées qu’il est bien rare de lire sous la plume, par exemple, d’un inspecteur général ou d’un chef de service au ministère.

L’auteur (mais qui est-ce donc ?) conclut son propos en engageant la concertation qui va se dérouler à « se pencher sur l’ensemble de ces problématiques ». « Comment développer le numérique à l’école », avance-t-il prudemment. On ne sait trop lequel des quatre grands groupes y réfléchira de manière prioritaire ou si, comme cela devrait être — un doute me vient ! —, on traitera du numérique de manière transversale à l’ensemble des chantiers proposés à la réflexion de cette concertation. Nous verrons après l’été…

Une chose est pourtant certaine : la refondation de l’école sera numérique ou ne sera pas. 

Michel Guillou @michelguillou

Licence Creative Commons

Crédit photo : FredArt via photo pin cc

 

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