Écrans : la synecdoque a bon dos

Écrans

À l’occasion de la Journée internationale consacrée à ce sujet, le Défenseur des droits de l’enfant remet un rapport au président de la République intitulé : « Enfants et écrans : grandir dans le monde numérique ».

Ce rapport fait le point des usages numériques des jeunes et formule un certain nombre de propositions. La tonalité générale de ce document, c’est à souligner, n’est pas trop anxiogène. L’exercice, il est vrai, était ardu : protéger les enfants, défendre leurs droits, c’est forcément énumérer les risques potentiels et suggérer des dispositifs pour les prévenir. Difficile, dans ces conditions, de mettre en avant les pratiques positives, les réussites, les avancées relatives, par exemple, à l’accès aux connaissances ou à la citoyenneté numérique…

Inutile de s’attarder sur les propositions faites qui ne présentent aucun caractère de nouveauté ou d’originalité. Tout juste peut-on s’arrêter un instant sur la proposition n° 2, totalement irréaliste, qui veut contraindre chaque site à un dispositif de signalement et sur la proposition n° 6 qui insiste sur l’importance de la formation et de l’acculturation numérique des acteurs de la prévention, éducateurs et parents compris.

C’est dans la deuxième partie, très longue et détaillée, qu’il faut chercher les motivations de ces propositions. Elles s’appuient sur l’observation des pratiques numériques médiatiques massives des enfants, laquelle relève, à mon avis, d’erreurs diagnostiques majeures successives.

En effet, je cite, en commençant par le titre et  en poursuivant par les têtes de chapitres :

« Enfants et écrans, grandir dans le monde numérique », « Les écrans se sont installés massivement dans le quotidien des enfants et des adolescents », « Des consommateurs importants d’écrans », « Les très jeunes enfants sont aussi des consommateurs d’écrans », « Les écrans et la vie privée des adolescents »…

Même si l’on peut entendre le raccourci métonymique, l’utilisation compulsive du mot « écrans » pour qualifier et généraliser les objets ou pratiques numériques des enfants, des jeunes, me paraît à la fois abusive, erronée et peu sérieuse.

Au sens propre, les écrans ne constituent que de vulgaires interfaces entre les utilisateurs (lecteurs, spectateurs, observateurs, auditeurs, joueurs, participants des réseaux sociaux, blogueurs, graphistes, musiciens…) et des tuyaux et surtout des contenus numériques extrêmement variés, qui n’ont que très peu de rapports les uns avec les autres. Réduire l’analyse des pratiques de ces utilisateurs, en l’occurrence les enfants, à la seule représentation d’une interface neutre semble particulièrement réducteur et simpliste.

Certes, ces écrans peuvent avoir des formes, des tailles, des résolutions, des modes d’affichage extrêmement variés, certes ces écrans permettent de présenter des contenus variés eux aussi, sur des supports très différents et sont utilisés dans des situations diverses. Certes donc la neutralité ci-dessus évoquée reste, pour toutes ces raisons, assez relative. Mais vouloir analyser les pratiques numériques des enfants pour évaluer les risques potentiels et les prévenir, à la seule mention réductrice et non discriminante d’écrans ainsi diabolisés semble, encore une fois, très simpliste et un tantinet démagogique.

La mention, plusieurs fois répétée, d’écrans qui seraient ainsi « consommés » par les enfants est un raccourci particulièrement stupide. C’est simplement dommage dans un rapport dont on suppose que ce qu’il contient est supposé être un peu plus pertinent et utile que ce qu’on peut lire, dans une énième enquête sur « les jeunes et les écrans » dans un quotidien gratuit, par exemple, à survoler le temps d’un transport en bus ou en métro. C’est simplement dommage pour la considération que les auteurs de ce rapport sont censés accorder à ses destinataires et lecteurs potentiels, à commencer par le président de la République soi-même. C’est simplement dommage aussi pour la considération que doit le Défenseur aux enfants qu’il est censé protéger et qu’il suppose donc incapables de voir plus loin que… la surface de l’écran de leur téléviseur ou de leur « smartphone ».

C’est très dommage enfin pour la promotion de ces idées et propositions.

Michel Guillou @michelguillou

Crédit photo : Louish Pixel via photopin cc

Pour citer cet article : Michel Guillou, « Écrans : la synecdoque a bon dos » in Culture numérique, 21 novembre 2012, https://www.culture-numerique.fr/?p=443, consulté le 23 février 2019
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