Informatique et numérique : l’entourloupe…

Cartes

Bon, ça suffit ! Je m’étais bien promis de me concentrer sur des sujets plus importants mais, là, trop, c’est trop.

Depuis des années, en fait depuis la suppression progressive, vers la fin des années 90, de l’option informatique des lycées dont elle était à l’origine de la création, rétablir un enseignement de l’informatique au second degré est le combat unique de l’EPI, association de vieux routiers de l’informatique. L’EPI exerce en effet à cette fin un lobbying forcené, faisant le siège des bureaux du ministère et des élus, occupant une place de choix dans tous les colloques, squattant les cercles de réflexion, écrivant article sur article dans des médias complaisants…

J’ai assisté récemment à une journée de réflexion d’un célèbre « think-tank » où, dans ses conclusions, apparaissent mot pour mot les propositions de l’EPI alors que les débats avaient fait apparaître un consensus largement défavorable ! C’est à cela qu’on reconnaît un vrai lobby !

Les efforts de cette association ont été partiellement récompensés, d’abord par le ralliement d’un quarteron d’universitaires informaticiens, enseignants d’une filière qui semble se tarir, puis par la création de l’enseignement de spécialité « Informatique et sciences du numérique », réservé aux seuls élèves de Terminale scientifique, où il est, voir les programmes, essentiellement question d’algorithmique et nullement question d’autres sciences du numérique que l’informatique.

Car le tour de passe-passe est là, dans l’ambiguïté créée par l’essor et la place prépondérante pris par le numérique dans la société. Ces messieurs les lobbyistes cherchent à nous démontrer, comme le lapin sort du chapeau, que numérique et informatique, c’est pareil, en omettant surtout d’évoquer les aspects profondément culturels et sociétaux du premier.

Hier encore, on pouvait lire sur un média en ligne les arguments et syllogismes plaintifs et particulièrement maladroits d’un trio d’universitaires informaticiens et mathématiciens.

J’avais promis que ce billet serait court. Je vais donc tenter, en quelques lignes, de résumer mon sentiment à ce propos :

Convient-il d’enseigner l’informatique ?

Oui, cela va de soi. La société, l’entreprise, les services ont besoin d’ingénieurs et de techniciens informaticiens très qualifiés. L’enseignement de l’informatique a donc toute sa place à l’Université et dans les écoles d’ingénieurs. Il faut la renforcer.

Au collège et au lycée, l’enseignement de l’informatique ne semble pas utile, au-delà des enseignements de technologie au collège. Si l’enseignement optionnel peut persister en classe terminale, pas seulement en S d’ailleurs, il trouverait avantage à élargir pour de bon ses programmes à une initiation à toutes les sciences du numérique (automatismes, imagerie, graphisme et design, sécurité, cryptographie, modélisation, robotique, cybernétique, etc.) et pas seulement à l’informatique.

Convient-il d’enseigner le numérique ?

La réponse est oui mais c’est une question beaucoup plus compliquée.

Je le dis et répète, le numérique se comprend maintenant dans ses multiples facettes culturelles et sociétales. De ce point de vue, il a vocation à irriguer, à nourrir à terme tous les champs disciplinaires qui s’enrichiraient d’ailleurs des passerelles transversales ainsi dressées.

Cela dit, les professeurs sont très nombreux à n’être pas sensibilisés encore à des usages professionnels du numérique ni même à disposer eux-mêmes de la culture nécessaire à son enseignement. Seuls, peut-être, les professeurs documentalistes disposent des compétences techniques, culturelles et informationnelles pour pouvoir enseigner le numérique. J’ai déjà proposé qu’ils se saisissent de ce chantier.

Le plus tôt sera le mieux.

Qu’est-ce que ça veut dire, enseigner le numérique ?

L’école a pour mission de former de jeunes citoyens autonomes et responsables. Dans cette perspective, il convient de les former à une responsabilité numérique — plus d’ailleurs que d’enseigner une identité numérique, j’y reviendrai plus tard — afin de pouvoir appréhender et comprendre tous les enjeux du numérique, économiques, sociétaux, culturels, techniques, philosophiques, éthiques… Concernant l’informatique, par exemple, il semble important d’évoquer, toujours dans le but d’acquérir une citoyenneté numérique, ce qui concerne les formats, les licences et la compréhension des éléments du code.

Vous trouverez ci-dessous la conclusion d’un échange sur Twitter. Je suis en plein accord avec la réponse que me fait ce professeur documentaliste :

L’EPI rapporte, dans son bulletin, la réponse faite à ce sujet à un sénateur en 1997 par la ministre déléguée chargée de l’enseignement scolaire :

« Y aurait-il une valeur ajoutée à faire de l’informatique une discipline à part entière du secondaire ? Nous ne le pensons pas. Il en va, bien sûr, différemment dans l’enseignement supérieur, où l’on dispose d’enseignants-chercheurs en informatique. Dans le secondaire, la création d’une discipline spécifique pourrait même avoir un effet contraire au but visé, en dessaisissant les autres enseignants de l’informatique et en figeant celle-ci dans le carcan de programmes immuables… »

C’est tellement évident. Pourquoi y revenir ?

Michel Guillou @michelguillou

image

Crédit photo : Axel Schwenke via photopin cc

 

Posté dans Billets d'humeur
Tags : , ,

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Suivez-moi sur Twitter

Attention ! Ce blogue est encore un tout petit peu en travaux…

Bon, après quelques modifications du code, la une semble reprendre forme humaine :)

Donc, la bière est pour moi. Tant pis !

Le dispositif d'abonnement aux nouvelles publications a finalement été remis en place. Il semble fonctionner à nouveau. N'hésitez pas à me prévenir du moindre dysfonctionnement. Merci.

Une production Neottia nidus-avis, réalisée par Michel Guillou

Tous les textes et photos bénéficient de la licence  « Creative Commons attribution - Pas d’utilisation commerciale - Partage dans les mêmes conditions 4.0 International »image sauf mention contraire.

Je vous remercie à l'avance de me faire savoir si vous utilisez, modifiez, reproduisez...

Soutenez la Quadrature

Un tweet après un autre ?

RT @chperrot: #twitch bannit le guitariste de #DragonForce parce qu’il jouait… du DragonForce #CopyrightMadness cc @ConfdHistoire @Mozinet
- mercredi Oct 28 - 1:13

@SebastienRobit @JS_Barboteu Oui, pas seulement, ici, dans ce document un curieux mélange d'académisme étroit, une… https://t.co/HFYTwn5nih
- mercredi Oct 28 - 8:57

@kedemferre @2vanssay Non, c'est une liberté fondamentale. Basta.
- mercredi Oct 28 - 8:41

@SebastienRobit @JS_Barboteu Je pense que je vais m'abstenir de commenter si je veux m'éviter tout prurit ou eczéma désagréable...
- mercredi Oct 28 - 8:40

RT @kedemferre: #Lézécrans de fumée... Les #BullesDeFiltres sont d'abord et surtout créées par qui on est, et ce qu'on en fait... @AntonioC
- mercredi Oct 28 - 8:25

Aucune importance, c'est juste de la com. https://t.co/eCG32ETRz4
- mercredi Oct 28 - 8:22

RT @salomesaque: Ne pas oublier qu'en 8 mois, pas d'investissement massif dans les hôpitaux, ni dans les tests, ni dans les établissements…
- mercredi Oct 28 - 8:21

Ah les « oui mais » ! https://t.co/BxcDyBuQx8
- mercredi Oct 28 - 8:20

@Sabine_Bslr Et vice-versa.
- mardi Oct 27 - 10:09

@laubloch @pbeyssac J'ai eu l'occasion de revoir ces dessins que j'avais oubliés : mauvais goût profond, un peu de… https://t.co/D8Cnv3DGmI
- mardi Oct 27 - 6:53

S'abonner par courriel ?

Saisissez votre adresse de courriel pour vous abonner à ce blogue et recevoir une notification pour chaque nouvel article.

Rejoignez les 77 autres abonnés